| Michael
Northam Interview Remerciements : Frederic Claisse, Pascal Boué, Patrick Delges, Eric La Casa, Tereza Topferova, Josh Ronsen. [ Introduction mnortham, c'est bien sûr Michael Northam, musicien américain qu'on connaissait pour son travail " en collaboration " avec son comparse John Grzinich, en formation plus large au sein de ERG (qui inclut également Josh Ronsen et Seth Nehil), ou avec ORA (le projet formé autour de Andrew Chalk et de Darren Tate). Jusqu'à la récente sortie, sous son nom, de deux disques diamétralement opposés qui tous deux prennent le vent pour objet et terrain d'investigation : " Breathing Towers " (un mini-CD sur Dorobo) - la capture du vent s'engouffrant par la base de deux tours creuses en acier, au Texas, et qui tient presque du " ready-made " -, et le très étrange " :coyot: " (CD sur erewhon), qui se veut la réélaboration poétique d'un souvenir, la trace mnésique, décantée par l'expérience, d'une installation de harpes éoliennes sur un bunker de l'ïle de Suomenlinna, dans le Golfe de Finlande. Deux jalons qui témoignent de la maturation de l'itinéraire de ce jeune compositeur atypique, qui de ses terres d'origine poursuit la tradition pragmatique et empiriste, et de ses multiples séjours en Europe réinvente le souci des enjeux notionnels et compositionnels. A l'écart de l'objectivisme théoricien comme du subjectivisme égotiste, mnortham propose une musique de l'en-deça, sous-tendue par une authentique humilité et une soumission totale à son matériau, et de l'en-dedans - préférant à toute application d'un univers prédéfini de représentations ou de catégories, l'implication de l'auditeur dans les processus et les situations-expériences qu'il agence. " Musique moléculaire " dit-il, celle du pli et de la strate - chaque couche enroulée sur elle-même déploie la composition en permettant à l'auditeur d'y trouver des prises ou des points d'insertion. Musique fragile, qui ne cesse de s'émerveiller devant la complexité et la richesse du sonore, et se veut une réhabilitation de l'expérience et de la perception comme catégories légitimes de la création musicale. Un univers nourri de fascination pour les cosmologies non occidentales, les espaces mythiques et symboliques comme véhicules de la sensation, la complexité et l'indétermination. Difficile à première vue d'imposer un effort de clarification à un tel empiriste - cet effort, nous l'avons entrepris en face-à-face, et poursuivi à distance - couche par couche, pli selon pli 1.)
MN
: Je suis né le 9 octobre 1970 à Murry dans l'Utah, dans la périphérie
de Salt Lake City, près des montagnes. Ma famille était originaire de
l'Indiana ; mon père était dans le milieu des courses automobiles et travaillait
alors momentanément dans l'Utah. Deux ans plus tard, nous sommes revenus
dans l'Indiana, qui est par contraste un endroit assez plat, et le premier
souvenir de cette démarcation géographique est resté très important pour
moi : je me rappelais la forme de montagnes dans un endroit qui n'en comportait
pas. J'ai grandi dans ce milieu des courses, avec mon père et ses télécommandes
qui faisait voler des avions et des hélicoptères. Je suppose que j'étais
depuis le début un peu excentrique dans une famille excentrique. Mais
il n'y avait rien de spécifiquement 'musical' dans ma famille. Et je ne
pensais pas alors non plus au son pour le son, si ce n'est lors de quelques
soirées un peu surréalistes, où je roulais à travers le pays en écoutant
de la musique swing, ou encore quand j'écoutais les exercices de chants
que ma mère faisait de temps à autre. 2.)
MN : Il y a un certain nombre de choses différentes. Là où j'ai grandi à Indianapolis, il y avait un train dans l'arrière-cour. Ce train provoquait des vibrations symathiques à travers toute la maison. Je me suis mis en quête de la source d'un phénomène de léger bourdonnement. J'ai fini par trouver qu'il émanait de verres de vin mis en vibration dans le dressoir de ma mère ; j'étais ébahi parce que le phénomène sonore durait parfois pendant presque une heure après le passage du train. Cette curiosité scientifique toute enfantine est devenue un peu une méditation qui a agi comme processus de germination, en attirant mon attention vers des résonances prolongées que je découvrais dans des conditions uniques, dans des environnements particuliers. Et aussi, je me souviens de fortes associations avec des orages électriques - je me tenais dehors, et j'essayais de diriger l'éclair, comme si je composais avec les bruits du vent et des éclairs. Cette expérience directe du son à l'intérieur de paysages ont suscité en moi une myriade d'associations mythologiques. C'est ainsi que très jeune, des phénomènes météorologiques, géographiques et une variété d'autres phénomènes physiques me sont apparus intuitivement comme autant de sources importantes d'inspiration. Mais à cette époque je n'ai jamais associé ces inspirations avec la musique ou la création artistique. 3.)
MN : Je reliais ces événements simplement à des expériences brutes, mêlées à une prise de conscience croissante de ma propre existence. Une expérience de perception directe de ce qui se trouve devant nos yeux au quotidien. 4.)
MN : Peut-être que j'essaie d'approcher une perception de la réalité, de ce qui se produit au niveau toujours plus profond des détails qui environnent un individu à tout moment de sa vie. De la manière dont je le vois, généralement les gens sont plutôt à l'écart de ce qui se produit en eux et autour d'eux. Nous avons tendance à rester des consciences plutôt isolées. Des consciences qui se focalisent de plus en plus sur des problèmes immédiatement personnels, et nous ne voyons pas, souvent nous avons peur de voir nos réalités personnelles déchirées pour dévoiler une réalité nue et fondamentale dans laquelle nous sommes pourtant immergés. Peut-être que cet intérêt précoce pour des environnements qui nous entourent directement et dont nous avons tous une expérience m'ont incité à penser à ces questions. En essayant naïvement de considérer ces environnements comme des expériences, j'ai découvert que j'adopterais une perspective non-personnelle, comme saisie à partir de quelque coin reculé d'une architecture, comme une particule de poussière flottant dans un rayon de soleil, ou comme à l'intérieur d'une fente dans le bois, à suivre les paysages d'un monde minuscule. Juste l'idée de se placer loin d'une perspective personnelle, à l'intérieur de quelque chose d'extrêmement petit, quelque chose de distant, quelque chose d'abandonné, ignoré de l'humanité. Et c'est devenu un exercice presque involontaire qui a développé ma sensibilité à l'importance du fait d'explorer la perception, et donc aura constitué un commencement essentiel de mon travail avec le son. Non pas d'une perspective théorique ou 'compositionnelle', plus simplement une étincelle intuitive qui produit généralement quelque chose d'intéressant, souvent même surprenant. 5.)
MN
: Je suis plutôt embarrassé par les notions d'idées théoriques en matière
de composition. Elles ressemblent à une forme de quasi-science, quelque
chose comme un déterminisme esthétique. 6.)
MN : Peut-être. Mais, pour être honnête, je ne comprends pas complètement l'idée de l'application d'une théorie à l'exploration du son comme moyen d'expression artistique. 7.)
MN : Je n'ai que quelques notions tout simplement, et elles sont constamment dans un processus de mise à l'épreuve et de modification. A ma façon, j'ai développé quelques repères ou 'balises' conceptuelles. C'est comme une idée que je lancerais devant moi, comme une balise. Et à mesure que je progresse vers un semblant de concrétisation de cette idée, j'ajuste mon travail et le développe dans des directions parfois inattendues. Tu pourrais rapprocher ça de " Stalker ", le film de Tarkowski, dans lequel le personnage principal lance une pierre devant lui à l'intéreur de " La Zone ", et suit cette pierre. En s'en servant comme d'un mécanisme de navigation à travers un territoire incertain, qui semble changer dans le film à mesure que les personnages marchent vers la pierre. De façon similaire je trouve que mon concept de théorie change dans mon univers, à mesure que je lance ces balises conceptuelles et me dirige vers elles. 8.)
MN
: Elles peuvent figurer un certain nombre d'aspects de mon travail : méthodes
de traitement du son, limitations technologiques, limitation à des matériaux-sources
particuliers, ou même simplement le nom d'une pièce en particulier. Par
exemple, ces derniers temps j'ai lancé à gauche et à droite l'idée d'une
" musique moléculaire ". Elle représente le concept qu'il y
a derrière ma pratique de superposition massive de matériaux sonores qui
crée une métaphore sonique de structure moléculaire et de mouvement, spécialement
dans les organismes vivants. Avec cette 'balise' en tête je travaille
sur un son particulier. En faisant attention aux dynamiques internes de
formation et aux contenus des fréquences/patterns, je considère alors
cette forme dans la perspective de son contenu brut, indépendamment de
son origine ou de sa représentation, simplement comme un objet sonore.
Ensuite, à travers un processus plutôt alambiqué d'essais et d'erreurs,
j'entrelace les fils de ces matériaux singuliers dans des composants plus
larges de composition. J'observe le développement de l'uvre sonore,
en restant sensible aux dynamiques morphologiques, et je suis satisfait
quand je trouve des passages qui se déploient comme un organisme. Pour
moi, c'est une opération qui teste ma capacité à travailler avec des niveaux
profonds de conscience intuitive du matériau, à chercher si oui ou non
la pièce se déroule d'une façon qui rende justice à l'intention que je
trouve à l'intérieur des sons. Tout aussi bien, j'observe comment mon
attention se déploie alors que se déploie la pièce, ou à l'inverse comment
ma perception s'enroule dans les replis de la composition. Comme je n'ai
jamais été intéressé par la consommation intellectuelle de la musique,
je place le sentiment intuitif d'un morceau de musique au-dessus des constructions
hyper-intellectuelles - dans la mesure où celles-ci sont des constructions
de l'ego et des jouets intellectuels. Il est important pour moi que ma
musique réalise la trame d'un voyage d'expériences perceptives au moment
même où vous êtes à l'écoute. 9.)
MN
: Depuis 1998, j'ai lu des morceaux et des fragments de Rupert Sheldrake,
et j'ai été impressionné par un passage qui décrivait le processus d'enroulement
complexe de molécules de protéines. Il appliquait son concept de Champs
Morphologiques aux modèles que prennent ces molécules, même après avoir
été chimiquement " aplaties ". Ces molécules tendant à se réenrouler
selon le même modèle alors qu'il y en a des millions d'autres possibles.
J'ai alors été curieux de faire l'expérience de méthodes de composition
et de traitements qui pourraient 'informer' des éléments sonores doté
de dynamiques internes qui constitueraient un parallèle poétique avec
le mouvement, dans des systèmes plus grands tels que les cellules, de
ces molécules enroulées et enchâssées. 10.)
MN
: Et bien, je vois ma recherche de matériaux sonores comme canalisée,
parfois, par l'idée d'utiliser et d'explorer différents éléments symboliques
- la terre, l'air, le feu (l'énergie ou l'électricité), l'eau. Mais généralement
je prends simplement ce que j'ai sous la main avec l'idée de découvrir
la complexité dans le matériau que je choisis d'enregistrer. En ce sens,
je considère les phénomènes météorologiques comme un merveilleux exemple
de système complexe qui nous entoure. Chaque fois que tu lève les yeux
au ciel et que tu vois des nuages dans le ciel, tu te fais rappeler à
quelle échelle massive se produit le mouvement au-dessus de toi, ou encore
le flux continuel de particules autour de nous à tout moment, partout.
Pour moi tout ceci est évident et m'a toujours puissamment incité à comprendre
et à être en phase avec ces phénomènes. Pas nécessairement consciemment,
mais il me semble que j'y reviens, parce que ça me rappelle toujours notre
relativité et notre insignifiance. Même si beaucoup de gens y sont insensibles
et ne voient dans ces formes que des systèmes élémentaires et sans intelligence.
On a toujours le choix de se replier et de laisser ces habitudes dominantes
troubler les détails de notre perception, ou de regarder de plus près
dans ce monde ordinaire et de voir combien nous sommes peu à même de le
comprendre. 11.)
MN : Je dirais que c'est devenu un aspect fondamental de ma musique. Parce que ce qui m'intéresse, c'est de me rappeler qu'en tant qu'humains nous nous trouvons en permanence en plein milieu de systèmes complexes et hyper-violents. Généralement, nous en sommes protégés, isolés. Mais pour prendre un exemple simple, si tu regardes dans ta paume, et que tu considères la structure cellulaire qui constitue l'intérieur de ta main, tu te rends compte que c'est un système incroyablement complexe qui est en train de se produire simultanément à de nombreux niveaux d'organisation différents. En nous déplaçant entre différentes couches de perception, on se rend compte que notre corps, notre conscience, nos sensations font l'expérience de la réalité de différentes façons. Y compris au moment où nous parlons et à celui où le lecteur lit cet interview. Et donc c'est un exercice fascinant de se déplacer comme ça dans cette myriade de processus qui se déroulent en même temps. Mais sans effort de notre part notre esprit y remet de la cohérence, simplifie et crée des concepts stables à partir de ces incroyables flux dont est faite notre substance. C'est pourquoi je trouve qu'il est important de s'entraîner à être de plus en plus conscients au milieu de cet incroyable tourbillon d'énergie et de matériaux en interaction, et que cet exercice soit un moyen de liquider le noyau dur de notre égo. D'où, pour moi, ce jeu qui consiste à être à l'aise de me mouvoir ainsi à travers les différents plans de cet univers toujours en état d'ivresse, ce plaisir qui devient manifeste quand je crée ma musique. Je parviens à l'émulation de ces systèmes que je perçois, à la fois par le choix et la création de matériaux sonores primitifs, et à travers le processus de composition lui-même. Et donc, je crois que mon travail est le résultat du fait de créer dans un certain état de vigilance tout en étant emporté dans un flux momentané de la " belle confusion " [en français dans le texte] qui nous entoure. 12.)
MN : Je sens que mon travail est un outil dont un auditeur actif peut se servir peut-être en tant qu'outil sonore pour la méditation. Ou, peut-être, comme j'y ai pensé, comme une sorte de " compost sonore ". Un substrat nutritif, ou une source de matériau perceptif brut. J'ai reçu des commentaires d'amis qui sont peintres ou danseurs, qui m'ont dit avoir apprécié travailler avec ma musique comme véhicule. Particulièrement les danseurs, qui sont sensibles au déplacement à l'intérieur de modèles énergétiques, et font l'expérience de mon travail comme espace à l'intérieur duquel ils peuvent travailler avec leurs schémas corporels. Donc d'une certaine façon c'est une tentative pour créer un espace sonore qui peut peut-être entrer en résonance avec les incertitudes intérieures de l'auditeur ainsi qu'avec ses propres espaces intérieurs. Peut-être de centrer leur attention sur leur propre espace eidétique et sur leurs perceptions latentes. 13.)
MN : Je ne demande rien du tout en réalité ! 14.) MN : Je ne dirais pas qu'elle " requiert " ce genre de choses. C'est simplement comme n'importe quoi dans ce monde, une personne peut utiliser certaines choses passivement, ou elle peut les utiliser activement. 15.)
MN : Je ne demande rien à personne, mais si quelqu'un veut faire l'expérience active de quelque chose, pas seulement de ma musique, ça pourrait être la musique ou le travail artistique de n'importe qui, il me semble évident que plus il se permettra d'entrer profondément dans son écoute, dans son exploration d'une pièce avec différents environnements d'écoute, en se créant des espaces spéciaux pour l'écoute, ou des conditions spéciales, c'est sûr qu'il va en retirer plus de choses. Mais si une personne reste assise et écoute passivement quelque chose, il n'entendra de ce travail que l'aspect qui en est le plus petit commun dénominateur (quelque chose que la musique de 'divertissement' essaie de procurer). Alors sa perception le laissera passivement passer au-delà de ça, et il le considérera juste comme un bruit sans conséquence - ou même comme quelque chose d'irritant. Mais c'est quelque chose qui a plus à voir avec son propre état d'esprit et de conscience qu'avec ma musique ou la musique de n'importe qui. J'ai envie d'essayer de susciter des états qui soient réceptifs à tout ce qui fait l'attitude de la personne quand elle vient à cette musique. Ma musique semble refléter l'état d'esprit de la personne qui l'écoute. C'est une observation fascinante que j'ai faite ces dix dernières années à faire cette musique. Les gens y trouvent ce qu'ils veulent y trouver. Ca leur donne une chance de rentrer en eux ou de sortir d'eux-mêmes. Parfois les gens n'aiment pas ce genre de situation difficile. 16.)
MN : Et bien, " :coyot: " est basé sur une installation, " Filtering the current ", que j'avais présenté en Finlande, en automne 98. Le projet eut lieu sur l'île de Suomenlinna, près de Helsinki. Mes enregistrements viennent de cette installation : des sons harmoniques riches et complexes provenant des harpes éoliennes qui étaient le trait principal de cette installation, plus d'autres sons venant de la côte, autour de l'île, et aussi de l'intérieur d'un gros canon qui produisait une très belle basse fréquence. J'avais récolté presque cinq heures d'enregistrements, de sorte que je savais que je voulais en faire quelque chose. Un an après l'installation, après m'être installé dans l'Oregon, j'ai finalement fait l'acquisition de tous les éléments d'un studio. Je voulais me plonger dans un nouveau projet solo, en me donnant une contrainte, à savoir de n'utiliser que des sons recueillis sur cette île. Quand j'ai commencé à travailler, je me suis rendu compte que je voulais développer une pièce qui serait un reflet poétique des dynamiques internes de systèmes météorologiques. Je me souvenais de mon expérience sur l'île, à écouter les motifs constants des sept harpes éoliennes que j'avais installées, l'expérience de m'apercevoir qu'il y avait une sorte de grand méta-motif derrière les fluctuations des harmoniques produits par les gigantesques tournoiements du vent qui venait comme un couperet du Golfe de Finlande. Je savais que je ne voulais pas de représentation directe ou référentielle de cette expérience météorologique, ni de cet endroit précis. Je voulais le pousser plus loin pour qu'elle devienne une pièce en évolution qui reflète quelque chose de plus proche de ce que je ressentais comme des dynamiques essentielles de turbulence. Ce qui ne veut pas dire quelque chose de plus pur, mais de plus essentiel d'un point de vue poétique. Pendant l'élaboration de cette pièce, je me suis iinspiré énormément de travaux de Roland Kayn, de comment ses pièces évoluent selon un modèle presque inconscient et naturel, comme le système d'une feuille, ou comme des motifs entre lesquels ton attention peut se déplacer. Ces modèles se déploient, à nouveau comme un organisme. De sorte qu'avec " :coyot: " j'ai voulu faire la connection entre ces phénomènes météorlogiques de vent prétendument inanimé, et un système vivant. Ca, c'est une chose à laquelle je suis retourné ces derniers temps. Et donc, en construisant " :coyot: ", j'ai commencé à utiliser un système intuitif, qui n'est pas sans rapport avec les soi-disant " systèmes cybernétiques " de Roland Kayn, mais un équivalent viscéral et mécanique, non automatisé. Couche après couche, chaque couche reprenant l'écho d'une partie de l'autre couche, en la faisant se déplacer pour réfléchir l'autre. Et en écoutant encore et encore, pour procéder à des changements et à des ajustements jusqu'à ce que j'aie l'impression que chaque composant tournait et ronronnait selon son propre accord. Sans l'idée que mes gestes de composition soient nécessairement un problème important. Je voulais me tenir vraiment aussi loin de tout ça que possible. Et ainsi certains éléments sont venus et apparus d'une façon que je sentais être vraiment une réaction naturelle au son. Le matériau lui-même m'enseignait lentement ce que je devais faire avec lui. Je dois dire que j'ai eu aussi beaucoup de contacts très intéressants avec Giancarlo Toniutti pendant cette période de composition. Concernant par exemple cette idée d'une perception très subtile de composants morophologiques internes, et de comment ils sont liés les uns aux autres. Je sens qu'à ce moment je voulais approcher d'un niveau plus profond de perception à l'intérieur de l'uvre même. Et donc d'une certaine façon, dans un premier temps c'est devenu quelque chose d'assez désordonné. Je faisais beaucoup de séries de mixes bruts, et j'en jetais beaucoup. Puis doucement, à partir de ces mixes assez bruts, en les assemblant, et en créant des mixes plus raffinés, finalement certaines cristallisations de structure sont apparues. Je les ai encadrées et attachées, l'uvre a semblé grandir comme une plante. Enfin, elle est arrivé au point où j'ai eu l'impression qu'elle vivait d'elle-même. 17.)
MN : La différence entre une pièce de studio et un enregistrement de terrain ? 18.)
MN : Et bien, les pièces de studio sont pour moi plutôt comme des peintures, j'essaie de travailler sur le contenu d'une peinture jusqu'à ce que j'aie l'impression qu'elle vit d'elle-même dans sa forme, alors que " Breathing Towers " est plutôt comme ma photographie, j'essaie de capturer un phénomène comme j'en ai fait l'expérience à ce moment-là. Et je m'efforce de voir si ça peut se transposer dans le domaine sonore, ou si c'est davantage peut-être une sorte de composition en 'ready-made'. Parce que j'ai l'impression, rien que le fait de photographier, ou de capturer un phénomène sonore et de le présenter - on finit souvent par oublier que le processus qui consiste à l'enregistrer et le présenter à travers des hauts-parleurs altère totalement la pièce elle-même ! C'est la même chose avec le cadrage et l'impression d'une image. Avec ça à l'esprit, j'ai fait passer " Breathing Towers " par un grand nombre de réécoutes, en me demandant si la pièce avait de la valeur rien qu'en étant ce qu'elle est, par elle-même. Après ce débat intérieur, j'ai senti qu'elle était bien ainsi en elle-même, parce que le phénomène enregistré trouve à s'exprimer de manière fascinante à travers différent appareils de lecture. Cette pièce avait sa propre dynamique interne, et j'ai ressenti qu'elle s'exprimait convenablement. Je l'ai simplement recadrée et laissé être ce qu'elle est. 19.)
MN : J'ai le sentiment que quelque chose de ce genre pourrait se produire dans le futur, mais l'espace, mon expérience vécue à cet endroit en Finlande, et les phénomènes liées à l'élément aérien, qui ont provoqué chez moi un choc poétique, tout ça m'a mené droit au studio. Le processus de création de " :coyot: " était donc une conséquence logique importante qui s'est prolongée bien au-delà du fait de se trouver là-bas et d'y réaliser cette installation. Le processus de création, à nouveau, n'est pas pour moi nécessairement associé à une théorie de départ. Je ressens, à la façon dont les projets se présentent à moi, ce qui est important à faire, et pourquoi je me lance dans ce processus de création d'une pièce. Les projets font comme s'ils passaient à travers moi, et c'est ainsi que " :coyot: " aura été simplement ça, l'accomplissement d'un processus de réflexion sur une période, un moment particulier d'enregistrement. Et, en outre, la prise en considération de quelques changements importants qui se sont produits dans ma vie à cette période. Je considère que si un travail sonore doit être réalisé, c'est un processus important qui doit être entrepris totalement. 20.)
MN
: L'espace eidétique, c'est une autre de ces " balises conceptuelles
" qui prennent peut-être leur source dans ces perceptions environnementales
de mon enfance. Une chose que je trouve intéressante avec la musique en
général, c'est son effet sur la perception intérieure d'une personne.
C'est la raison pour laquelle je me suis toujours senti proche des idées
de Francisco Lopez sur la musique acousmatique. Par exemple, son utilisation
du noir complet pendant ses performances, ou ses performances les yeux
bandés, parce que ça stimule immédiatement la sensibilité intérieure d'une
personne, et ça met en branle toutes sortes de perceptions internes à
propos du matériel sonore. Et je trouve qu'il s'agit de quelque chose
dont il est à la fois difficile de parler, mais qui est en même temps
un fait à part entière pour moi. Je pense que c'est un des aspects les
plus importants de ce genre de musique expérimentale, à savoir comment
le son affecte l'espace intérieur d'une personne. Et donc l'expérience
de cet espace eidétique, ou la perception claire du monde intérieur d'une
personne, c'est quelque chose qui m'intéresse et que je voudrais déclencher.
L'usage que je fais de sons continus, faits de textures et d'harmoniques
denses a été pendant des millénaires dans de nombreuses cultures un moyen
d'initier un déploiement intérieur de la conscience. Ainsi, à ma façon,
je crée ces courants parce que ça facilite ce processus interne, mais
je m'emploie aussi à m'enfoncer dans une myriade de détails et de mouvements
de manière à ce que les masses de sons donnent naissance à une tapisserie
extrêmement élaborée - et d'en faire don à l'auditeur attentif et ouvert.
Je pense que la musique qui ne fonctionne pas avec ces courants, fonctionne
peut-être d'une manière qui leur est opposée. Par exemple, ce que j'entends
par 'musique intellectuelle', c'est de la musique qui opère au niveau
de la conception abstraite qu'une personne se fait de l'espace, du temps
et de la réalité, et de la manière dont cette conception devrait ou non
se déployer. Ca devient davantage un jeu psychologique de systèmes hiérarchisés
de perception, et par moment une sorte de sport ésotérique intellectuel.
Il m'arrive de trouver ce genre de musique très éprouvante, parce qu'elle
opère tellement au niveau de la présentation préméditée que le compositeur
se fait de sa capacité intellectuelle personnelle, de la forme superficielle
de son propre langage musical, que je trouve ça particulièrement égocentrique
et inintéressant. A l'inverse, j'ai tendance à me diriger de plus en plus
vers cette sorte de musique qui travaille à s'éloigner du créateur vers
quelque chose qui n'est pas encore façonné par un savoir-faire cultivé,
et qui peut-être au contraire semble venir de quelque chose qui soit capable
d'ouvrir un dialogue avec des mystères plus importants. Un musique plus
humble qui dévore les particularités personnelles de l'artiste qui la
crée. Ca, c'est quelque chose avec laquelle les gens, à ce qu'il me semble,
éprouvent des difficultés à être honnête, et qui est souvent critiquée
du haut d'un sarcasme un peu creux. 21.)
22.)
MN : Je pense que cette phase de travail a été marquée par le désir de se soutenir mutuellement. A l'époque où on développait les enregistrements pour " the stomach of the sky ", j'étais seul à Seattle. Mais j'ai découvert le soutien de John Grzinich quand je suis retourné à Austin, et nous avons préparé un voyage ensemble en Europe. A cette époque en Europe, il y avait une opportunité de terminer " the stomach of the sky " à Coblence au studio de Bernhard Günter, alors on a saisi cette occasion et on a complété l'uvre avec des enregistrements de notre voyage. Plus tard John a travaillé seul chez moi à Austin, dans mon studio. Ce matériau allait devenir le gros de " The absurd evidence ", à l'exception d'un élément qui venait de mon travail. On a tous les deux appris, je pense, que la composition était une tâche solitaire. Qu'il n'y a qu'une seule personne qui soit en réalité à même d'être intimement conscient de ce qui se passe dans le processus où l'on développe et termine une pièce ; mais nous étions à l'époque ouvert à l'idée de partager le résultat final. Mais après le second travail, on savait qu'il serait préférable de travailler seul dans le futur. Je pense que j'étais engagé sur une voie où j'avais besoin de me centrer directement sur des notions de composition intuitive, afin d'affiner et de développer mes idées parfois excentriques sans me faire interrompre ou avoir à en expliquer les raisons à quelqu'un d'autre. Bien souvent il y a un aspect dans le processus créatif qui opère sur une base non-rationnelle, et le développement, le fait de favoriser ces motivations peut aider un artiste à trouver les qualités de sa propre voix. Quand on se met à rationaliser des choix sur un mode diplomatique, ça peut compromettre gravement une uvre et son développement. Je pense qu'après la fin de cette collaboration avec John, j'ai commencé à me recentrer sur mes propres méthodes, en m'engageant plus loin dans une voie qui aurait été interrompue prématurément auparavant. Je pense que ce processus est celui de la maturation de sa vision personnelle, un processus tout ce qu'il y a de plus normal. 23.)
MN : Les collaborations en général ont été importantes dans la mesure où j'ai toujours été intéressé par l'ouverture d'un dialogue avec d'auters artistes. Pour moi c'est une école de la vie. Jeter un il dans ce qui fonde les modèles de pensée de chacun, et voir ce qui peut en sortir. Au commencement de mon travail avec le son, il était nécessaire pour moi de travailler en collaboration, puisque je n'avais pas de studio. Quand je voyageais en Europe, des gens comme Martin Franklin de TUU, ou Rudolph Ebber [Eber ?] de Schlimpfluch, Guido Hübner de Das Synthetische Mischgewebe, et aussi Marc Behrens et C.O. Caspar - tous ces différents artistes m'ont permis très tôt de travailler avec eux ou même de me laisser utiliser leur studio. Et donc, de la sorte, c'était au début toujours une sorte de collaboration entre différents environnements. Plus tard alors, mon expérience avec John Grzinich a développé ce qui est davantage un 'dialogue heuristique' partagé. On apprenait notre propre langage musical, notre propre langage sonore, nos propres désirs créatifs, en creusant des fondations pour une intention. On apprenait tout ça au moment même où nous collaborions. Et jouer avec les notions d'un 'projet de groupe' (ERG), et de quelque chose comme une organisation (Orogenetics) - qui tous deux incluaient Seth Nehil et Josh Ronsen. Peut-être qu'à cette phase de commencement, nous avions besoin de soutien mutuel. A mesure que nous nous développions, j'ai commencé à m'apercevoir que nous avions besoin de découvrir d'abord chacun notre propre façon de travailler. J'observe d'ailleurs que c'est là une différence entre la façon de travailler avec des artistes en Europe et aux US. Peut-être que ça révèle une approche différente de la confiance artistique et de la sécurité que chacun a de sa propre perspective. Après la fin de cette période avec John, j'ai vite rencontré et travaillé un peu avec Slavek Kwi [Artificial Memory Trace] et Michael Prime, et suis entré en correspondance avec Giancarlo Toniutti. J'ai réalisé qu'il y avait des formes de collaboration qui peuvent être approchées plus directement par la sympathie et en élargissant davantage la communication. Je trouve qu'il est absolument nécessaire, si une collaboration se veut fructueuse, que les deux parties soient intéressées par un accroissement des activités de chacun. Il doit y avoir une forme de transparence et de respect mutuel qui se concentre sur une volonté d'étreindre les qualités de l'autre, et que l'on doit voir comme un compliment. C'est comme ces sessions inattendues avec Colin Potter et Darren Tate de ORA, qui a abouti au double LP " Amalgam " : je voyais que le travail était une rencontre entre des artistes qui semblaient vouloir spécifiquement injectée l'influence d'autres éléments dans leur travail. Je l'ai vu comme la redécouverte d'une collaboration signifiante qui n'est pas provoquée par les circonstances, mais davantage quelque chose d'orienté vers un processus d'appréciation directe de la façon qu'à chacun de travailler. Et de désirer de nouveaux types d'influence, et de les rechercher spécifiquement. 24.)
MN
: Oui, le travail live a toujours été assez étrange, parce que c'est toujours
pour moi un compromis à partir du travail que je fais en studio. Et aussi,
j'ai tendance à faire plus de performances quand je voyage en Europe qu'aux
Etats-Unis. Il semble y avoir une sorte de renversement vicieux entre
le moment du studio et la préparation pour un live. Une partie de ce qui
est réalisé pendant le travail en studio, pourtant, s'insère joliment
dans le développement d'une pièce pour un live, mais je sens que je suis
en train de changer radicalement mon approche. Je ne suis pas satisfait
avec le fait de mixer simplement du matériel pré-enregistré comme certains
le font. Alors j'essaie de mettre au point de petits appareils qui peuvent
générer différents éléments sonores qui peuvent être mixés à un substrat
de matériel enregistré. De la sorte ces performances deviennent quelque
chose qui se situe à mi-chemin de la musique improvisée et de la musique
pour bande. La forme proprement dite est basée sur la création d'atmosphères
harmoniques denses, le déplacement des dynamiques internes de ces harmoniques
et l'improvisation avec des matériaux acoustiques amplifiés qui viennent
compléter le champ sonore. J'ai remarqué récemment que le travail en live
devient une sorte de d'articulation et de fluctuation entre des modèles
d'énergie, qui dépendent pour une part de l'endroit où je me trouve. Le
morceau devient un reflet transparent de l'énergie de l'atmosphère environnante.
C'est un ami dans l'Oregon qui a remarqué ça en observant une performance
: il a remarqué que la sensation s'apparentait à cette 'possession de
l'espace' qui est indispensable dans son métier de professeur de yoga.
Je vois aussi un lien avec des expériences de performance actionniste
que j'ai pratiquées par le passé, quand je me procurais différents matériaux
bruts et différentes substances, et que je commençais à me déplacer dans
une zone, en changeant ces substances en relation avec mon corps et avec
l'espace, pendant parfois plusieurs heures - quand le plus important était
de garder une prise sur l'atmosphère générale de l'endroit. La différence
que je vois maintenant avec une performance live, dans le contexte d'un
concert, c'est que je manipule les énergies vibratoires que produisent
des objets, des appareils et des enregistrements qui doivent fonctionner
comme une entité unique et totale. J'ai développé une approche du traitement
et du mixage live qui agit comme un traducteur temporaire de l'énergie
qui se trouve dans l'environnement. Alors, quand je me retrouve dans des
bars remplis de gens inattentifs, mon travail devient plus conflictuel
et agressif. Alors que quand le public est réceptif, alors le concert
est plus subtil et plus riche dans sa forme. Je commence maintenant à
être plus difficle quant au choix des événements organisés, et je préfère
éviter les scénarios de confrontation, dans la mesure où je sens que ces
dynamiques déforment mon travail d'une manière assez inconfortable. Dans
des environnements réceptifs, des gens m'ont dit qu'ils avaient ressenti
mon travail comme un vecteur d'énergie fragile à travers l'espace. 25.)
MN : J'ai découvert René Daumal grâce à un ami qui m'a indiqué une référence à ses écrits sur un disque de Ghédalia Tazartès, " Check Point Charlie ". J'ai d'abord lu sa " Grande Beuverie " en une journée alors que je traversais de petits canyons dans un parc, un jour à Austin. J'ai beaucoup apprécié son exploration très pointue d'hypothèses qui révèlent des dogmes cachés, dans une lutte constante pour " rester éveillé ". Ses écrits offrent également un excellent exemple d'une prise de conscience particulière de l'importance qu'il y a à faire attention et à explorer en profondeur son propre " espace eidétique " intérieur. Comme sa pensée s'est développée dans son écriture à partir du " Grand Jeu ", le groupe de sa jeunesse, et plus tard dans ses études personnelles du Sanskrit et des esthétiques orientales, je ressens la même sympathie que lui pour des traditions où l'on cherche à libérer plus profondément sa pensée de la fragmentation toujours plus oppressante du positivisme et de la subjectivité. C'est un sujet plutôt difficile à expliquer pour moi qui n'ai pas tous les talents d'un écrivain, mais je ressens de l'empathie dans les développements plus tardifs de Daumal vers une expansion de la pensée, la recherche d'une trame plus globale de la signification de nos expériences, vidée des filtres quasi-rationnels de notre appétit glouton d'Occidentaux toujours à la poursuite de la fierté arbitraire et subjective de quelque identité personnelle C'est pourquoi je vois de nombreux parallèles entre sa recherche littéraire et mon intérêt pour le son - même si ce dernier est bien plus difficile à saisir par l'esprit. Dans son livre Rasa, il passe beaucoup de temps à parler d'esthétique et d'art (particulièrement la danse et la musique) en Inde. Et bien que, malheureusement, l'art indien semble avoir été réduite aujourd'hui à une forme méconnaissable par la mentalité occidentale , à l'époque où Daumal écrivait c'était toujours un défi pour les Européens. Daumal fut un de ceux qui ont ramené les premières représentations de la compagnie de danse et de musiciens de Uday Shankar en Europe et aux US. Dans Rasa, il rapporte et commente ce qu'il a entendu à leur sujet lors d'une de leurs performances en France : " Je ne pus, cependant, me boucher les oreilles assez vite pour ne pas entendre ces quelques mots dont se chatouillait publiquement le gosier une grasse bourgeoise arthritique, une fine lettrée, assurément: "La musique de ces gens-là, gazouillait la Tête-à-gifle, c'est comme leur philosophie: toujours la même mesure ou la même proposition, pendant des heures ou pendant des siècles; c'est tout de même bien monotone." J'en conviens, madame, c'est toujours le même but que poursuivent cette musique vivante et cette philosophie dans ce qu'elle a de vivant: vous ouvrir les yeux devant ce que vous êtes réellement; vous n'y avez vu qu'un désert d'ennui; à qui la faute? " (*). En général, René Daumal a été un écrivain qui pour moi aura mis en mots des notions qui continuent à m'encourager à franchir d'autres étapes plus téméraires vers la concrétisation de mon propre travail de création. Bien sûr il y a également d'autres sources d'inspiration littéraires ou artistiques, comme Max Ernst, Alejandro Jodorowki, Lama Anagarika Govinda, un grand nombre de textes tibétains, W.Y. Evens Wentz, et j'en découvre toujours de nouveaux. 26.)
MN
: Actuellement j'ai commencé à travailler sur une pièce inspirée par un
vieux mythe irlandais. Je suis en train de découvrir des liens énergétiques
entre cette pensée et les cosmologies tibétaines et indiennes-américaines.
Grossièrement, l'idée se centre autour de mon actuelle balise conceptuelle,
'SIDH', qui est un mot gaélique qui signifie 'l'habitation de l'autre
monde'. Je ne m'intéresse pas à ce sujet particulièrement pour ses implications
ouvertement 'métaphysiques', mais parce que je suis à la poursuite d'une
compréhension poétique de la manière dont la perception humaine est en
liaison avec les phénomènes éternels. C'est peut-être bien au sujet de
la lutte pour donner un sens à l' " absurde " à travers des
moyens créatifs qui permettent de regarder dans les cycles de vie et de
mort. L'expérience de l'Altérité ultime. Et aussi d'explorer les contrées
aux frontières de la perception où l'on ne peut être complètement conscient,
où l'on met en question l'illusion de la conscience absolue. (*) " Sur la musique hindoue ", article publié dans la N.R.F. à l'occasion des représentations à Paris d'Uday Shankar, avec sa troupe de danseurs et de musiciens, 1931, repris dans " Bharata ", Gallimard, 1970. Discographie (ne reprend pas les morceaux sur des compilations) : -
solo : -
avec John Grzinich (sous le nom 'mnortham & jgrzinich') : -
avec ERG : -
avec ORA : -
avec Martin Franklin : |